Pertubations dans le trafic, une nouvelle de circonstance.
Le tableau d'affichage émet un bruit de chapelet qui frétille : Quai 8.
A peine une minute plus tard, une déferlante secoue la foule, les roulettes des valises hoquètent sur les aspérités du bitume usé. Vendredi soir, gare Montparnasse bondée. C'est la bousculade comme d'habitude.
Voiture 12.
Tête de train, tout au bout, exactement où il commence à pleuvoir.
Il faut accélérer, le pire serait de devoir traverser les wagons avec ma valise.
Je regarde mon billet pour la cinquième fois, voiture 12, place 56, carré.
Carré, c'est pire que tout, il faut au contraire arrondir les angles. C'est mathématique, nuisances multipliées par deux, voire trois.
Avec ma chance habituelle, je vais me farcir une mère avec ses deux enfants qui passeront du coloriage à la console de jeux. Ma bête noire : le jeu de sept familles, ils braillent et se chicorent avant d'avoir réuni la fratrie.
Le « c'est quand qu'on arrive ? » martèlera chaque ralentissement, se fera plus pressant lors des arrêts obligatoires. La mère épuisée caressera sa progéniture d'un regard indulgent, et lèvera les yeux aux ciel en implorant ma clémence.
Juste envie d'avoir la paix.
Voiture 9, j'arrive essoufflée, ruisselante, obligée de monter en catastrophe avant la fermeture des portes.
Le bar est pour l'instant désert.
Encore un petit effort. Je regarde mon billet pour la sixième fois, voiture 12, place 56, c'est compulsif.
Parfois,on s'assoit dans la voiture d'avant au même numéro de place, et on a l'air tellement idiot lorsqu'il faut déménager. Remettre son manteau, enlever le livre que l'on avait délicatement calé, juste là, dans le filet, à l'orée des genoux. Redescendre la valise qui pèse trois tonnes et qu'un gentleman s'était échiné à hisser dans le porte-bagage. Le regard noir qu'il vous lance à ce moment là met un point final à sa galanterie. La dernière lombaire craque au moment où vous réceptionnez le bagage.
Je préfère être complètement « toquée » plutôt que de subir cette infamie.
Place 56, sens inverse de la marche. Mauvaise pioche, la nausée m'attend avant l'arrivée.
Chouette, pas d'enfant en vue, mais deux adultes qui paraissent civilisés, bonsoir de courtoisie , sourire presque naturel, peu importe l'une travaille, l'autre lit. Du calme en perspective. Le TGV démarre, grésillements au rendez-vous, le contrôleur fait son petit discours habituel, « Ce train desservira les gares de Le Mans et Angers ». Desservira, c'est moche ce mot, ça connote négatif
Je m'installe, prend mes repères, mon manteau est trempé, je le pose sur le siège vide. Un retardataire probablement.
Nouveaux grésillements, le steward vante les mérites de la voiture-bar.
J'ai mes petites habitudes, j'achète toujours mon repas en sortant du travail. Alors pas besoin de tanguer entre les sièges pour atteindre le bar. Il faut se ménager.
Me ménager ! Pourquoi alors ai-je accepté cette invitation de Marie-Laure, retrouvée quelques mois plus tôt sur « Copains d'avant ? » Finalement, je ne l'appréciais pas tant que ça au collège. J'avais le souvenir d'une personne molle et transparente. Elle fédérait cependant, sa bonne humeur persistante était une valeur sûre.
En revoyant cette vieille photo de classe sur internet, j'avais pourtant eu, je l'avoue,une bouffée de nostalgie. Marie-Laure avait su me convaincre me promettant de nombreuses surprises.
« Allez ! 40 ans, tu ne peux pas rater ça ! »
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